Des notes exhaustives sur la révision des 180000 km de
la Peugeot 308 T9 1.5 BlueHDI EURO6.2

Retour à la page 308


26-AVR-2024 : 180016 km

    Je récupère la voiture avec 180016-179994=22 km de plus qu’à la dépose. Un essai routier a été fait pour faire toutes les vérifications d’usage (d’après la facture). Le logiciel de contrôle moteur a été mis à jour aussi.

    Pour résumer encore une fois, j’ai profité de la révision majeure des 180000 km qui prévoit un changement de la commande de distribution, de la pompe à eau (et donc du liquide de refroidissement) ainsi que de l’entrainement de la courroie des accessoires pour mettre le haut moteur à jour. Le DV5RC souffre d’une faiblesse chronique de la chaîne qui relie les deux arbres à cames (AàC). Surtout un défaut de lubrification semble-t-il. Stellantis a mis au point un kit renforcé qui comprend une chaîne plus costaude, de nouveaux pignons, de nouveaux AàC (à cause des pignons), un nouveau tendeur hydraulique et des nouveaux carters paliers.

    Il y a beaucoup de détail sur la situation dans mon logbook 2024. Ici je veux parler du travail effectué. J’aurai bien changé tout moi-même ou au moins la distribution, mais pour des raisons de garantie au moins, dire au garage « je fais la distri et vous la culasse » n’aurait pas été acceptable. Acheter le kit et tout faire moi-même était théoriquement possible aussi mais j’avais peur de tomber sur des « poches de résistance » comme par exemple des injecteurs grippés dans leur logement. Et à la fin, il faut aussi mettre à jour le logiciel moteur… Et prévoir une semaine de congé pour s’y consacrer pleinement.

    Bref après un devis, incluant le changement préventif des bougies de préchauffage demandé par moi et la correction d’une fuite à l’injecteur d’urée (trace de d’Adblue cristallisé tout autour) je me suis retrouvé avec un devis oral de 2900 EUR et peut-être 500 de plus pour bougies et injecteur Adblue. Honnêtement je pensais qu’on trouverait autre chose à changer en plus mais ce ne fut pas le cas. En revanche on m’a encore ajouté une vidange au tarif Peugeot avec la nouvelle huile 5W-30 à la norme Stellantis FPW9.55535/03 de chez Mobil. C’est effectivement prévu par les directives après-vente Peugeot, ne serait-ce que pour sortir une pollution externe pendant l’intervention. Bref 120 EUR de mieux…

    Je suis passé deux fois au garage pour voir le moteur ouvert : le lundi soir il n’était pas encore ouvert et le mardi soir il était déjà refermé. Le garage m’a fait 4 photos et je les en remercie.

    Ils ont aussi fait leur devoir d’inspection et de prospection commerciale en m’indiquant divers points (voir facture) : mes pneus AV usés, mes freins AV rincés, mon FAP colmaté qui devrait se manifester dans 20 à 30000 km, un silent-bloc de bras inférieur AV légèrement craquelé à gauche comme à droite et un silent block décollé dans la fixation de l’échappement. Ils ont aussi vu qu’ils avaient cassé le capuchon de ma prise allume cigare. Je leur ai dit que ce n’était pas cette fois mais pour mon premier passage lors de ma première fuite de gaz réfrigérant. Le garage en a commandé une autre, à ses frais mais elle n’a pas été livrée. Je peux repasser un autre jour pour venir la faire installer.


Le silentbloc AR du bras de suspension inférieur avant gauche.


Le silenbloc qui suspend la sortie de l'échappement.


    J’ai demandé à avoir toutes les pièces. Je vous mets la facture en photo et à télécharger. Il y a notamment toutes les références Peugeot des pièces pour ceux que cela intéressent.


Voici les photos du moteur ouvert.

Moitié supérieure de la culasse démontée. Les bougies de préchauffage sont encore en place. C’est sale mais ça va. Notez le quart inférieur droit couleur
rouille alors que la pièce est en aluminium. On se souviendra que de 0 à 50000 km j’avais toujours de la mayonnaise ou de la boue (de la graisse ?)
sur le bouchon de remplissage d’huile. Il y avait p-ê aussi un peu d’eau sur l’AàC d’échappement qui a coloré cette zone ? On voit que le bourrelet de
la vieille pâte à joint (noire) est resté en place. On voit un peu la zone du plan de joint où j’avais une fuite (troisième filetage en partant du bas, sur la moitié droite)



Le plan de joint a été parfaitement nettoyé et les surfaces internes ainsi que les rotules des butées hydrauliques de rattrapage de jeu. Les puits des
injecteurs sont propres et les bougies de préchauffage ont été démontées. Les queues de soupapes portent la trace de la portée des rouleaux des
linguets qui les actionnent. On dirait bien que les soupapes ne tournent pas sur ce moteur.



La même sous un autre angle. Les traces humides sont certainement le nettoyant pour freins (3 bombes sur la facture). La durite de carburant et le
turbo ont été bouchés.



La nouvelle moitié supérieure de la culasse avec les arbres à cames montés. On voit le gros cordon de pâte à joint (noire aussi; la même qu’à l’usine ?)
à l’intérieur. Pourvu qu’elle y reste.

    Renseignements pris, les injecteurs sont venus sans le moindre problème. Les puits étaient propres et sans fuite. Idem pour les bougies de préchauffage qui ont été déposées avec une sorte de mini clé à chocs mais provoquant des vibrations. D’après le chef d’atelier ces problèmes sont surtout présents sur le DV6. Le DV5 est beaucoup plus sain et exempt. Un très bon point pour lui… Sans cette satanée chaîne !

    En rentrant vendredi soir avec ma voiture, j’ai changé le filtre d’habitacle et le filtre à air à 180018 km. Le filtre d’habitacle Mann CUK 24-036-2 n’a plus de languette pour aider son extraction. Rationalisation, réduction des coûts j’imagine.

    Je n’ai trouvé aucune saleté ni mauvais montage du filtre à air précédent qui aurait expliqué la silice trouvée dans l’huile moteur lors de son analyse. Les vieux filtres étaient très propres. Je me suis aperçu qu’un des silentblocs/support de la boîte à air bat la campagne. Du coup les vibrations sont transmises au tube qui va vers le turbo (entrée du compresseur). Heureusement celui-ci possède une partie souple type soufflet qui absorbe un peu les mouvements de la boîte à air.


28-AVR-2024 : 180308 km

    J’ai remplacé le filtre à gazole. Le joint torique marron du filtre Purflux C875 était noir sur l’exemplaire neuf : autre matière, réduction des coûts, pièce contre-faite? Contrairement aux 120000 km, j’ai réussi à dévisser le bol en laissant l’ensemble en place. Le joint torique vert avait sans doute moins gonflé que dans la période 60 à 120000 km. J'ai mesuré son diamètre de tore pour vérifier ma théorie: 4.61 mm. En neuf il faisait 4.45 mm à 120000 km et l'ancien des 60000 km était passé à 4.59, ce que je pensais être la cause du coincement. Je n'y comprend plus rien, le dernier a encore plus gonflé que le précédent. L’empreinte Torx TX30 de la vis (M6, 15 mm de filetage, 5 mm de bout « pilote ») qui fixe le haut de l’ensemble du filtre était si rouillée que j’ai préféré remplacer cette vis préventivement par une vis CHC-M5-20. Comme j’avais bien graissé toutes les vis à 120000 km, tout est bien venu. Inutile de dire que j’ai remis de la graisse partout. Comme expliqué dans mon tuto filtre à gazole, j’avais juste bouché la durite qui va vers le moteur avec la queue d’un foret de 10 mm pour éviter que la ligne ne se vide et j’ai rempli le filtre neuf avec 3 coups de clés de contact jusqu’à ce que du gazole sorte du filtre. Redémarrage instantané et aucun à-coup. Le moteur n’a pas la moindre fuite au niveau de la culasse même si je trouve qu’il a trop de pâte à joint. Selon moi il y en a autant dedans et ce n’est jamais bon si des cordons se détachent et se baladent dans mon circuit de lubrification. Le bruit moteur a aussi changé: la distri fait un bruit qui n’a plus de petites perturbations mécaniques (était-ce la chaîne ?), cela ne siffle plus (la courroie d’accessoire ou ce que je soupçonnais être une fuite autour des injecteurs). Le liquide de refroidissement neuf a une autre couleur que celui de la première monte. Il est très clair au lieu d’un vert un peu émeraude. Il est au-dessus du niveau MAX mais le moteur est encore tiède. Le niveau d’huile est à 15 graduations sur 15.


29-AVR-2024 : ~180475 km

    Je suis retourné au garage posé les questions que j’avais oublié de poser vendredi. Le nouveau liquide de refroidissement est beaucoup plus clair mais c’est bien celui à -35°C de chez Peugeot à la norme PSA B71 5110. La purge n’a pas été faite à la valise diagnostic mais simplement avec la procédure d’atelier des 2500 tr/min pendant 10 secondes (bon ben si on y retourne d’ici 180000 km je ne me poserai pas trop de question sur un outil de diag pour la purge du liquide de refroidissement). Le logiciel de contrôle moteur a bien été mis à jour et c’est prévu dans la procédure d’atelier lorsque le moteur est mis à jour avec une chaîne renforcée.

    Pour finir le FAP bouché est-il jeté ou nettoyé ? Cela dépend de son état et du prix. Il parait que le FAP Peugeot en échange standard n’est pas si cher… Clic clic clic sur un clavier… « 1300 EUR. Ah oui tout de même ?» de la part du chef d’atelier. Dans pareil cas, on peut aussi les envoyer à Clermont Ferrand pour les faire « crâmer » à 600°C (comme un four à pyrolyse) sous condition que le « bloc interne » (j’ai oublié le nom) ne soit pas fissuré. Pas de prix indiqué pour cela mais je pense que c’est au moins la moitié de l’échange standard.

    Et que disait le diag au sujet du FAP? Il donne une masse de cendres? Non pas du tout. Il y a deux conditions:

- la première est un nombre de régénérations. C’est de cette limite que ma 308 approche.

- D’autre part il y a aussi la différence de pression entre entrée et sortie. De ce côté-là je n’ai pas de problèmes pour le moment. Les bienfaits de mon additif à gazole type Silub et la route assez tranquille que je fais tous les jours? Dans pareil cas, il existe une astuce pour faire durer un peu le FAP. On dit au contrôle moteur que le FAP a été changé et le compteur de régénération est remis à zéro. Dixit le chef d’atelier.

    On m’a aussi donné la nouvelle prise allume-cigare. J’ai dit que je la monterai moi-même.


01-MAI-2024: 180581 km

   
    Analyse des pièces démontées et conservées.

La pompe à eau porte les inscriptions Peugeot Citroen FoMoCo (Ford Motor Company). Elle est de marque SOGEFI
La fonderie porte l'inscription GAP 216001023. Le pignon indique DV5R. Les aubes sont en plastique noir avec une
forme bien courbée qui semble optimisée. On est loin des pompes des années 90 avec des équerres en guise d'aubes.
Le joint d'étanchéité statique est en élastomère à deux lèvres intégré à la pièce. La pompe ne présente aucun jeu,
aucun point dur et apparemment aucune fuite. 5 ans et demi et 180000 km, bravo!
Le galet tendeur porte les inscriptions INA F_611828 France R0717 98 104 794 80. Le roulement est un INA 13-40
avec inscription ACM-Fe, le galet est en PA66-GF25. Là aussi pas le moindre jeu, le truc a l'air neuf! Sa vis de fixation
a une large rondelle élastique, la tête a une empreinte Torx et porte l'inscription KX4 10.9.
Une grosse vis H avec une grosse rondelle, la fixation de la poulie de vilebrequin sans doute.
Reste une vis H avec une embase intégrée faisant office de rondelle d'appui, classe de qualité 12.9. Aucune idée d'où elle vient.
La courroie crantée porte les inscriptions Dayco ISORAN made in Italy 131 RPP PLUS 200 GF-PA66-HNBR 98 194 015 80
avec des numéros croissants sur la largeur de 19.60 mm 18294139, 18294140, 18294141, sorte de graduations, les courroies
étant produites très larges et découpés en bande. Elle est bien "bakélisée" (durcie) mais pas la moindre fissure,
pas le moindre dommage.
Mon instinct me dit que ce kit complet aurait sans doute tenu encore un sacré bout de temps, mais on ne peut prendre un tel risque!


Courroie polyvé 98 139 081 80 22619K02 6PK1151, made in EU, Contitech, EPDM, 21.20 mm de large, aucun
signe de faiblesse, pas la moindre craquelure à l'intérieur. Le sachet de la nouvelle a le même numéro PSA et
indique Made in Romania, K6-LE1151 au 04/10/2023.
Le tendeur a du jeu radial qui semble être son jeu fonctionnel normal (dit rotulage). La pièce de fonderie dit
MAI-2018 AC AlSi9Cu3(Fe) Slovakia 98 262 658 80 et le roulement est un INA F_605865.04.
Il aurait fallu pouvoir comparer avec le roulement neuf pour dire son état que je crois meilleur que ce que laisse
deviner son jeu.


L'injecteur d'urée et son collier de fixation auquel il manque une vis de serrage. Inscription 98 139 301 80 et
K194B00978. La boite du nouveau dit made in Italy.


La buse de l'injecteur est complètement polluée par des cristaux noircis.


Les divers joints d'étanchéité statique et dynamique. En très bon état selon moi. Le joint d'arbre à cames est en
deux matières sans le moindre ressort. Il porte les inscriptions Ford 98 138 676 80 et PSA 98 116 940 80 ainsi que
les dimensions 24,7 X 47 X 6 avec les lettres CF W H3. Il y a une flèche qui indique le sens horaire.


Les tubes qui relient la pompe à la rampe commune et la rampe commune à chaque injecteur, tous différents.
La ligne de retour du gazole, les vis de bride des injecteurs, sans doute serrées à l'angle dans leur zone de déformation
plastique garante d'un effort plus précis mais interdisant le réemploi, plein de bouchons des pièces neuves, des
joints en cuivre sous les injecteurs, comme neufs ou presque et des joints verts qui ne sont pas toriques qui doivent
protéger les puits d'injecteurs et guider ces derniers. Franchement tout à l'air nickel.


Les 4 vieilles bougies de préchauffage: elles n'ont rien! Pas de trace de corrosion au filetage, pas la moindre fuite
au delà du siège conique, pas de crayon endommagé, corps nickel tout propre. Incroyable pour ce kilométrage!
Inscriptions 98 090 881 80, HIDRIA 312818, 5011725166, 5V. Pas de pays de provenance sur la boîte non plus.


Les deux AàC d'origines, creux, bouchonnées, sans doute avec des cames frittées rapportées. L'AàC d'admission
porte un roulement sans le moindre grondement ni grand rotulage à une extrémité et la moitié d'un joint d'Oldham
à l'autre pour entrainer la pompe à vide d'assistance de freinage. Restent les pignons de la chaîne. Ni les cames,
ni les tourillons n'ont la moindre trace d'usure ou de décoloration, surchauffe etc. Il y a juste de rares traces sur
deux tourillons, preuve qu'une particule dure a dû passer par là un jour (cercle rouges).
Inscriptions sur les arbres: DV5R EXH CS MK M3, 98 250 178 80, 202 18 (202ème jour de 2018?), 09 45 00903
DV5R INT CS MVT M8, 98 250 137 80, 204 18, 12 45. Les deux ont un QR code.


Détail du pignon de l'AàC d'échappement. Les flancs des dents
ont été usinés: la base est un peu creusée et cela fait un profil asymétrique
avec de petits pics. Les surfaces latérales sont marquées aussi.
Ce pignon est entrainé vers la droite sur cette photo.


Un pignon neuf en théorie. La zone cerclée permet de distinguer si usure il y a.


Le couvercle et sa "base", la partie la plus haute de la culasse recevant les demi paliers supérieurs des AàC et sa
partie basse recevant les demi paliers inférieurs des AàC. Sales et noires mais pas la moindre boue ou black sludge.


La zone qui recouvre la chaîne que j'ai nettoyée pour voir si la chaîne avait frotté contre le carter supérieur. Pas
la moindre trace. Le bruit que j'entendais devait venir de l'engrènement imparfait de la chaîne allongée sur les
pignons.


Détail d'un palier aluminium recevant un tourillon d'AàC marqué par une trace. L'aluminium est plus marqué encore
que l'acier de l'AàC.


La chaîne et son tendeur hydraulique.


Le patin fixe du côté du brin tendu de la chaîne (le brin inférieur). Notez le trou qui doit servir à calibrer l'effort
du tendeur tout en lubrifiant les maillons de la chaîne.


Le patin mobile du côté du brin mou de la chaîne (le brin supérieur). Notez le trou qui doit servir à calibrer l'effort
du tendeur tout en lubrifiant les maillons de la chaîne. C'est ce côté qui doit rattraper le jeu qui se forme dans la
chaîne. On dirait que ce patin est un peu plus usé que l'autre.


J'ai tenté de voir si la défléction latérale de la chaîne pouvait nous dire quoique ce soit sur son état: bof.
Je confirme que l'indication 7 mm correspond bien au pas de la chaîne et non pas à sa largeur. La nouvelle
chaîne a un pas de 8 mm. En conséquence les nouveaux pignons ont sans doute moins de dents, ce qui augmente
l'effet polygonal (c-à-d les acyclismes dans la commande de la distribution; pas glop).


    J'ai essayé de trouver de la littérature technique sur les chaînes. Je connais une marque de chaîne allemande: IWIS. Ils ont sur leur site un petit recueil de 88 pages en Teuton ou en Rosbif. On y apprend qu'au delà de 19 dents, l'effet polygonal est négligeable. Quand à l'usure d'une chaîne due à son allongement, IWIS dit que la limite est de 3% pour une chaine normale et 1% pour des usages spéciaux comme la synchronisation. C'est marrant il me semblait que DID/Daido et RK disaient que c'était 0.5% pour les chaînes de transmission secondaire.

L'effet polygonal en fonction du nombre de dents d'un pignon.


1% d'allongement maxi pour une chaîne ayant fonction de synchronisation.


    J'ai compté 21 dents sur les pignons au pas de 7 mm sur les AàC d'origine. 21 dents X 7 mm = 147 mm et 147/8=18.375 dents. On espère alors qu'à cause de la règle des 19 dents Stellantis a un peu augmenté le diamètre des pignons, et la longueur de la chaine. Je sais que le nouveau couvercle a un bossage plus bombé qui aide à le reconnaitre. Espérons qu'il serve aussi à y faire passer des pièces un poil plus grosses.

    La vielle chaîne a 44 maillons dont 2 extérieurs de couleur différente, uniquement d'un côté. Ils servent sans doute à caler les deux AàC en usine et en après-vente. Après dégraissage, j'ai trouvé deux inscriptions sur deux maillons extérieurs: SSN (ou est-ce NSS?) et EG 10M. La chaîne n'est pas une chaîne à rouleaux mais sans rouleau ("bush chain", ici le rouleau est simplement absent). La doc IWIS dit que cette configuration est utilisée avec succès dans les moteurs Diesel rapides (c-à-d > 2500 tr/min) fortement contraints (à haute puissance spécifique, typiquement un Diesel moderne à faible cylindrée et grosse puissance/gros couple). A la main je sens un jeu radial infime, à peine perceptible entre chaque maillon. Tentons de mesurer l'allongement.


Les deux maillons de couleur servent au calage en usine. Vous voyez la chaîne en regardant côté pompe à eau.
Le brin supérieur se déplace vers la droite lorsque le moteur tourne. Notez les inscriptions.



    Lorsque je tiens les maillons de la chaîne entre les doigts, je sens un petit jeu longitudinal. J’ai mesuré la chaîne en 3 endroits éloignés au maximum (21 axes) avec un pied à coulisse du boulot (de qualité et calibré) pour déterminer son allongement.

Mesure 1 : tubes extrêmes 3.86 et 3.86 mm, distance bord à bord des tubes 143.52 mm soit un entraxe de 143.52+(3.86+3.86)/2=147.38 mm. Allongement (147.38-21*7)/(21*7)=1.00259 soit +0.259%

Mesure 2 : 3.86, 3.86 et 143.45 mm. 143.45+(3.86+3.86)/2=147.31 mm. Allongement (147.31-21*7)/(21*7)=1.00211 soit +0.211%

Mesure 3 : 3.86, 3.87 et 143.42 mm. 143.42+(3.86+3.87)/2=147.285 mm. Allongement (147.285-21*7)/(21*7)=1.00194 soit +0.194%

    Bref la chaîne n’est pas vraiment allongée (jusqu’à 0.15% c’est « normal » selon IWIS) et le jeu que je sens dans la main est plutôt un jeu fonctionnel.

    L’examen à la loupe des maillons montre que les chants internes des maillons sont polis presque miroir. C’est sans doute normal à cause du frottement contre les patins du tendeurs.

Les chants des maillons sur la face interne de la chaîne.


    L’examen de la zone de contact des tubes avec les fonds des dents des pignons révèle aussi de l’usure avec des surfaces polies. En palpant la surface des tubes avec la pointe d’un crayon de papier mine 0.5 mm, je sens un véritable saut. On voit aussi que la portée est décalée, la zone usée n’est pas centrée. La mesure d’une zone non usée donne un diamètre de 3.93 mm et une zone usée à 3.83 mm au minimum. Il manque environ 0.08 à 0.1 mm de matière sur chaque tube. Il est probable qu’il manque aussi un peu d’acier au creux des dents des pignons. Mais là c’est plus difficile à déterminer. Estimons 0.02 mm.

Pardon pour la qualité des photos, je n'ai pas réussi à faire mieux. La ligne rouge indique une vraie limite entre zone usée et zone
non usée. Les deux premières photos montre la zone en appui sur le creux de la dents du pignon menant (ADM) et la dernière la
zone en appui sur le creux de la dent du pignon mené (ECH).


Voici comment  l'arbre à cames d'admission entraine l'arbre à cames d'échappement. La représentation est à
l'envers, le brin tendu de la chaîne est en bas. Sur la partie enroulée autour du pignon de l'AàC d'ECH, on peut
soulever les maillons un petit peu et on sent le jeu dans la denture.


Sur la partie enroulée autour du pignon de l'AàC d'ADM, on peut soulever les maillons un petit peu et on sent le
jeu dans la denture. Idem donc de ce côté.


Voici le fond des dents du pignon de l'AàC d'ADM: dans le cercle la zone de contact où passe l'effort de la dent
qui tire sur la chaîne. Dans le rectangle, la zone opposée où l'autre moitié du maillon vient se poser.


Voici le fond des dents du pignon de l'AàC d'ECH: dans le cercle la zone de contact où passe l'effort de la chaîne
qui tire sur la dent. Dans le rectangle, la zone opposée où l'autre moitié du maillon vient se poser.


    Entre le pignon menant et le pignon mené, il y a un décalage d’environ (0.09+0.09+0.02+0.02) 0.22 mm sur un rayon de 25 mm. Cela fait un AàC d’échappement en retard de 0.22/25=0.008 radian soit encore 0.5°. Est-ce significatif ? Aucune idée pour le moment. Et si l’usure au fond des dents était plus proche des 0.1 mm, on dépasserait le degré, ce qui ferait 2° vilebrequin. Cela explique peut-être pourquoi le moteur tourne beaucoup mieux qu’avant avec la chaîne neuve. Surtout au démarrage : il est vraiment au quart de tour à présent., comme sur mon bon vieux XUD7.

    Je pense que ma chaîne n’était pas près de rompre. Je soupçonne le bruit d’être celui d’un mauvais engrènement de la chaîne sur les pignons. Ce jeu excessif a peut-être provoqué sur d’autres moteurs un contact latéral entre les flancs des dents et les maillons internes, les affinant assez pour qu’ils finissent par rompre. On voit sur ma photo que les flancs des dents sont polis.

    La source du problème semble être des efforts trop importants par unité de surface sur les aciers. Le système a été mal dimensionné. Si des aciers plus durs n’étaient pas possibles (techniquement, économiquement), la seule solution c’est d’augmenter les surfaces portantes pour un effort donné afin de diminuer la contrainte par unité de surface, bref une chaîne et des pignons plus gros, plus larges.

    Est-ce que les gens de PSA ont compté sur la lubrification pour lisser la surcharge spécifique des surfaces (pression de Hertz) ? Pourquoi PSA dit que l’origine est un problème de lubrification ? On voit mal comment faire mieux en terme de lubrification qu’un carter fermé qui baigne dans l’huile tout le temps avec en plus un jet continu sous pression en provenance du tendeur ? Seule la qualité du lubrifiant peut faire la différence, toutes choses restant égales.

    Est-ce que mes vidanges plus fréquentes, mon additivation au P18 et au bisulfure de molybdène ont diminué le phénomène ? Je ne le saurai jamais. Combien de temps encore aurait tenu la chaîne ?

    Est-ce que les nouvelles huiles à la norme FPW 9.55535/03 dont le marketing annonce une résistance exceptionnelle à l’usure apporteront de la sureté en plus du surdimensionnement ? Il faudrait le croire.

    Aurais-je pu me passer de la mise à niveau ? Sans doute que oui. Mon moteur n’aurait pas cassé. Mais le décalage continu de la distribution aurait bien grevé le fonctionnement, sans compter le bruit croissant et peut-être permanent, cette fois avec une usure exponentielle.

    Je soupçonne aussi le petit surdosage de fer dans mon huile (102 ppm au lieu de 10..15) de provenir de la chaîne et des pignons.

    J’ai mis plusieurs jours à écrire toutes ces lignes (un peu tous les soirs) et je suis tombé sur une vidéo Youtube de quelqu’un qui a fait l’opération lui-même. Grace à la vidéo j’ai pu observer quelques détails sur les pièces. La nouvelle chaîne au pas de 8 mm possède 41 maillons et les pignons 22 dents, contre 44/21 avant. Ainsi mes craintes d’effet polygonal sont infondées, au contraire les variations instantanées de vitesse de rotation de l’arbre à cames d’échappement sont encore plus faibles, l’arbre tourne plus « rond », plus régulièrement. Les pignons ont « gonflé » de 4 mm au rayon ce qui explique le bossage plus important sur le couvercle. Comme 21 et 44 ainsi que 22 et 41 sont des nombres premiers entre eux, on assure ainsi que chaque tube de la chaîne rendra visite régulièrement à chaque creux de dents des pignons, répartissant ainsi l’usure de façon uniforme.



Retour à la page 308