Une analyse d'huile moteur vers 170000 km / 5 ans et demi
sur la Peugeot 308 T9 1.5 BlueHDI EURO6.2

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26-JAN-2024: 169613 km

    Je constate depuis bien longtemps, peut-être même déjà le premier jour, que mon niveau d'huile augmente. C'est quasi imperceptible sur la jauge mécanique. Mais j'ai pour habitude depuis longtemps de peser ce que je verse dans un moteur et ce que j'en récupère. En général, il y a une différence, qui me permet d'estimer une valeur théorique de consommation d'huile aux 1000 km. Or, sur cette 308, je récupère systématiquement plus de fluide que ce que j'y ai versé. Note du futur: dans quelques jours je vais faire la vidange des 170000 km et pour la première fois, je constate une diminution et donc une consommation d'huile. Va comprendre!

    Je constate aussi depuis bien longtemps, peut-être même déjà le premier jour, que mon niveau de liquide de refroidissement diminue. Je n'ai jamais trouvé de fuite vers l'extérieur.

    Je soupçonnais donc qu'une partie du liquide aille dans l'huile moteur, sans jamais trouver la moindre "mayonnaise" sur le bouchon de remplissage ou la jauge mécanique.

    Je constate aussi que la consommation de la voiture augmente petit à petit. C'est uns constat statistique sur plus de 5 ans et 170000 km. Il faut prendre les statistques avec beaucoup de réserve (surtout celles qu'on n'a pas trafiquer soi-même), on dit intervalle de confiance, mais selon moi il y a une véritable tendance de fond, faible mais statistiquement significative. Pourquoi? Hormis l'usure, en ces temps de systèmes de dépollution très sophistiqués, on constate sur tous le marché des moteurs Diesel qu'avec un FAP vieillissant, les régénérations sont de plus en plus fréquentes. Elles sont réalisées à l'aide d'un accroissement momentané de la consommation afin d'élever la température des gaz d'échappement pour brûler les suies dans le FAP. Il semble qu'une partie de cet excès de carburant ne finisse immanquablement dans l'huile moteur.

    Pour finir, et les informations claires et précises sont peu nombreuses et confuses, sur le DV5RC, la chaine qui relie les deux arbres à cames s'use, s'allonge et casse. L'origine serait un défaut de lubrification.

    J'ai remarqué récemment (mais c'est peut-être déjà ancien) qu'on peut enfin facilement avoir accès à une analyse d'huile moteur, comme aux Etats-Unis depuis des années. On paie un kit de prélèvement que l'on reçoit par la poste, on renvoie l'échantillon avec l'enveloppe prépayée et on attend ses résultats, exactement comme le dépistage du cancer colorectal chez les plus de 50 ans. Petit clin d'oeil à mes frères et soeurs quinqua et plus, ayant parachuté leur cake sur le trempoline qu'ils ont bricolé à la mano sur leur lunette des toilettes... Autant en rire les copains!

    Bref, j'ai acheté un tel kit pour 70 ou 79.90 EUR je crois (oui c'est plus cher qu'une vidange maison, mais ça peut préventivement économiser une grosse dépense curative une fois le malheur arrivé) et j'ai fait le prélèvement avec l'envoi par simple boite aux lettres aujourd'hui en soirée (un vendredi je précise). Sur la fiche jointe j'ai dit que je soupçonne une dilution par liquide de refroidissement et/ou par carburant. J'ai également indiqué l'additivation en bisulfure de molybdène.


08-FEV-2024

    Résultats par mail de 22h27. La note globale est rouge.

Il semblerait que mon écriture manuelle soit illisible car j'avais bien précisé "moteur DV5RC" et
huile moteur "Mannol 7919 Extra legend 0W-30". Bon bref...


    Comme les chevaux pour Omar Sharif, l'huile c'est ma grande passion et cela fait des années que je "lis" des analyses d'huile, notamment sur le forum Bob Is The Oil Guy, BITOG pour les intimes. Pour vous dire que comme les analyses sanguines, c'est un peu ardu à lire ces trucs. Mais en gros, et c'est bien illustré par la feuille de présentation, c'est toujours la même chose. On regarde ce que contient l'huile et bien entendu on y voit ce qui doit y être en tant qu'huile et tout ce qu'elle a ramassé entre temps.

    Dans l'huile, on peut encore y voir ce qui a changé: est-elle devenue plus fluide ou plus épaisse, peut-elle encore neutraliser des attaques acides? Et puis on y découvre tout un tas de polluants. Sachant ce qui fait les matériaux d'un moteur, d'un carburant, de l'air, on peut en déduire la provenance et faire des hypothèses.

    Commençons par la note rouge: mon huile a 2.5% de contamination. Cela vient selon l'analyse de la mauvaise qualité de la combustion. Pourtant pas de gazole présent (dilution 0% et point d'éclair > 180°C) alors c'est quoi cette contamination? Je ne sais pas ou je ne comprends pas mais 2.5% de matière en plus dans mon huile, cela explique sans doute ma hausse de masse de ce que je retire du carter à chaque vidange. Le soupçon du rédacteur du rapport se porte sur le système d'injection: en clair un jet d'injecteur non conforme ou peut-être une fuite (injecteur plus étanche à la buse). Un ou des injecteurs sont-ils usés? C'est ce critère de pollution excessive qui fait dire qu'il faut faire une vidange au plus vite.

    La note orange concerne la pollution par le silicium: la silice, du sable en gros. Hormis le sable on le trouve dans les alliages léger dits "hyper silicés" qui servent à faire des pistons et des culasses. Souvent de l'ordre de 14 (culasse) à 17% (pistons) dans l'alliage. Ici le rédacteur soupçonne un système de filtration de l'air qui n'est pas étanche.

    La note jaune concerne le haut moteur avec la présence de fer, d'aluminium, de chrome (souvent dans les segments): pour ce que je connais comme chiffres par expérience d'avoir lu beaucoup d'analyse (même si c'est très dépendant du moteur et des alliages qu'il contient), le taux de chrome est mieux que normal, le fer est assez élevé (jusqu'à 50 ppm RAS) sans être dramatique et idem pour l'alu (jusqu'à 15 RAS). Ici je soupçonne la chaine être la source du fer et son frottement contre le couvre-culasse (le brin mou est en haut!) la source de l'aluminium (qui libère donc aussi du silicium! Même si 28 ppm Al et 48 ppm Si ne sont pas en rapport 85/15%). L'indice d'usure d'une valeur de 14 sans unité ne me dit rien du tout. Bon ou mauvais?

    Le bas moteur se porte à merveille, même si j'adorerai voir encore moins de cuivre.

    Idem pour le circuit de refroidisssement: tout semble étanche! L'eau vient sans doute juste de phénomènes de condensation.

    Je finirai avec le lubrifiant "générique" ou universel Mannol 7919 (qui est ACEA C2 et C3, VW 504.00/507/00, MB 229.51 et PSA B71 2312!): il semble de très bonne qualité. Les additifs P et Zn sont assez faibles mais c'est justement pour répondre aux normes précitées. Leur proportion d'environ 0,90..0,92 est exactement celles qu'on trouve dans le dithiophosphate de zinc (ZDDP) qui est l'additif employé absolument partout. Le soufre je ne me l'explique pas mais on va en replarler. Ca et Mg, tout pareil, bonnes quantités respectant les normes. Il semblerait que l'huile contienne un poil de Bore (ce qui est très bien!) et beaucoup de molybdène. Là je ne sais pas si c'est d'origine ou à cause de mon additivation. Comme le P et le Zn, B et Mo sont des lubrifiants solides qui aident beaucoup contre l'usure. Lorsque des huiles contenaient du Mo c'était souvent 50 ppm par le passé et celles des nouvelles normes en ont plus, genre 200 à 400. Comme la 7919 est à prix tiré, je pense qu'une partie du Mo vient de mon additivation. Et il ne fait pas de mal croyez moi. Sa viscosité à 40°C après 20000 km semble dire que l'huile est encore dans les clous, un poil plus fluide je dirai. Des analyses plus chères donnent en général des viscosités à froid et à chaud ainsi qu'un TBN (Total Base Number) reflet de la capacité de l'huile à neutraliser des attaques acides des métaux.

    Au fait, je rappelle qu'un filtre à huile arrête (presque) tout ce qui est plus grand que 10 à 15 microns. Tous ces polluants sont donc des particules très petites.

    N'ayant jamais vu de soufre dans les analyses du lubrifiant (à moins que j'ai oublié), j'ai cherché à savoir si 2000 ppm de S c'est normal. Et j'ai trouvé une fiche technique d'une 0W-30 PSA B71 2312 de chez Technologie A9.

(extrait du site Technologie A9) 2800 ppm de soufre, cela semble "normal".


    Sur le site BITOG, j'ai pu trouvé une analyse de la Total Quartz Ineo First 0W-30 PSA B71 2312 et aussi la fiche technique sur le site de Total. C'est l'huile recommandée par PSA/Stellantis jusqu'il y a peu (avant de recommander une 5W-30 contre l'usure de la chaine)

cSt Viscosity @ 100°C 10.04
Viscosity index 187
TBN 6.5
Noack 10.2
Sulfated ash 0.54%
Pour point -52 C
Viscosity in -35C 5650
Flash point 232°C

MOLYBDENUM 479
PHOSPHORUS 497
ZINC 547
BARIUM 0
BORON 247
MAGNESIUM 6
CALCIUM 1079
TIN 0
LEAD 0
ALUMINUM 4
IRON 1
CHROMIUM 0




    Ces infos vous montrent que la Mannol 7919 avec 20000 km n'est pas trop mal avec ses 47.2 mm2/s face aux 50.34 annoncées/51.44 mesuré sur la Total. Par contre elle est blindée en Bore et Molybdène. C'est sans doute pour contre-balancer un couple Zn/P (anti-usure) au raz des paquerettes (limite mini je suppose) et un couple Mg/Ca (anti-acide, TBN très bas à neuf!) peu glorieux également.

    Et maintenant c'est quoi la suite pour moi? A vrai dire je ne sais pas. Devrais-je profiter du changement de la courroie de distribution dans moins de 10000 km pour faire vérifier les injecteurs? J'aimerai beaucoup faire moi-même la courroie et la pompe à eau mais il faut le logiciel pour dégazer/purger le circuit de refroidissement. Alors je vais le faire faire (1000 EUR pièces et MO?). Le risque est grand qu'on ne me trouve rien sur l'injection mais qu'on me recommande de changer les 4 injecteurs par prudence bla bla, "puisque c'est ouvert de toute façon" (4 X 300 EUR de pièces +MO?). Et aussi qu'on me déclare ma chaine HS et bruyante avec nouvelles pièces partout (0 prise en charge, AàC X 2, pignons X 2, chaine, demi carter, 2000 EUR pièces et MO?)

    On va réfléchir...


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