02MAI06:
ça joue à l'électronicien de bas
étage
Pour synchroniser mon Boxer, mon
instrument de mesure favori est le tube en U de 2 mètres de
haut avec environ 70 cm de liquide de couleur dans chaque tube. C'est
très précis et surtout il n'y a aucune inconnue
ou "acteur" invisible qui pourrait me fausser la mesure: dans la
plupart des cas, on peut faire confiance à l'indication et
si ça déconne c'est plus vraisemblablement du
côté de la bécane qu'il faut chercher.
C'est simple, c'est fiable, c'est le meilleur truc.
Un des seuls reproches qu'on peut faire
à cette méthode c'est que la moto est statique.
En effet, les fins scientifiques et raisonnateurs seraient en droit de
se dire "et pourquoi la synchro serait-elle identique avec de la charge
sur le moteur c'est-à-dire moto en mouvement? Si
ça se trouve tout change dès que la moto roule".
Ben oui, c'est pas idiot comme idée.
Il faudrait pouvoir observer les
dépressions dans les conduits d'admission en roulant. Pas
évident de se trimbaler avec mon installation dans le dos.
Un bon outil pour cela serait le TwinMax qu'on trouve chez
Sélectronic.
Yvon, une connaissance de votre
serviteur ayant été infecté
très tôt par le virus du bigoudis et autres
modèles RC, se proposa par le passé de
réaliser en une petite série de 10 exemplaires un
produit similaire au TwinMax. Coût similaire au produit du
commerce à ceci près que sa
sensibilité est sans doute trop élevée
et que son alimentation bouffe du 9 au 18 Volt continus ou alternatifs
(pile 9V obligatoire pour le produit du commerce; pile toujours vide le
jour où le sortira de son fatras).
Yvon l'a conçu avec une prise allume-cigare qui alimente
l'appareil sur le côté. On branche. Le
potentiomètre "Sensibilité" étant
réglé au maximum, avec le
potentiomètre "Zéro", on cale l'aiguille au
milieu du cadran (rétro-éclairé,
même la nuit ça marche!). Les prises d'air
n'étant pas branchées, la pression
(atmosphérique) est la même dans chaque tuyau.
Ensuite "Sensibilité" au mini, branchement des tuyaux de
prise de dépression et c'est parti... Je n'ai jamais pu
dépasser un tiers de la plage totale de
sensibilité du bastringue tellement le gain est
énorme (la moitié aurait sans doute suffit, mais
sans données de départ, Yvon a
préféré jouer la
sécurité).
J'ai pu racheter un de ces appareils
après que son premier propriétaire ait
troqué son Boxer contre une Pan European 1300 ST.
Le produit de départ avait un
autre petit point faible bien vite corrigé en
après-vente par le génial Yvon (je ne connais pas
le QI d'Yvon mais Yvon est "génial" parce qu'il
mène ses projets de bout en bout avec une
conséquence, un sérieux et une
détermination que devraient lui envier bon nombre de chefs
de projets).
L'appareil convertit la
différence de pression en une grandeur électrique
qui est indiquée par l'aiguille du cadre
galvanométrique. En clair, l'affichage à aiguille
vous dit quel cylindre aspire plus fort que l'autre. Or les aspirations
ne sont pas synchrones mais décalées dans le
temps (de 720/2=360° vilebrequin). Si le moteur tourne
suffisamment lentement, on peut voir l'aiguille osciller "d'un cylindre
vers l'autre" suivant fidèlement les aspirations de chaque
cylindre.
La solution d'Yvon: une sorte
d'amortisseur électronique qui va un peu ralentir l'aiguille
afin qu'elle nous affiche une valeur moyenne. Il s'agit d'un simple
condensateur de 220 microfarad. Une sorte de petit réservoir
d'énergie qui va rebalancer un peu de signal
électrique au cadre galvanométrique afin de
limiter la course de l'aiguille dans l'autre sens (le truc
génial du condensateur c'est qu'il balance toujours
l'énergie du côté qui nous interesse
c-à-d qui amortit la déviation de l'aiguille).

Le condensateur, soudé en parallèle sur le cadre
galvanométrique.
Le seul hic, c'est que la plupart des
condensateurs sont polarisés. A force de fonctionner, il
finissent par se charger de plus en plus et le surplus est
rebalancé à l'extérieur. Cela se
traduit en pratique par une excursion de l'aiguille vers la gauche ou
la droite (selon le sens de connection du condo) au fur et à
mesure qu'on mesure. Ce décalage devient votre nouveau
"Zéro" (point central) et celui-ci a tôt fait
(environ 10 secondes) d'arriver à la limite du cadre galva.
Au début on y pense pas et on croit que son Boxer
déconne grave...
Soit on travaille sans condensateur (et
on s'arrange pour régler le moteur de façon
à ce que les oscillations soient centrées sur le
zéro du cadre galva) ou on trouve une autre solution.
N'étant pas doué pour deux sous, j'ai pas mal
cherché. J'ai d'abord songé à deux
condensateurs montés en parallèle tête
bêche (l'un aurait toujours exactement compensé
l'autre) mais cela implique (l'appreil étant hypersensible)
d'avoir deux condensateurs rigoureusement identiques (difficile car les
condensateurs classiques du commerce ont une tolérance de
±5 ou 10%). Plus tard dans un catalogue de composants j'ai
vu qu'il existait des condensateurs non-polarisés. Pour
avoir 220 microfarad, il faut un modèle chmique et ceux-ci
sont assez chers. Plein de théories ont envahi ma
tête et j'étais de moins en moins sûr de
moi. Allez, au diable tout ça, en avant pour la pratique.

Prix: 7 EUR. D'après le vendeur c'est utilisé en
HiFi. Dessus est écrit
"for speaker networks" = pour réseaux d'enceintes
(haut-parleur).

Voilà après dépose du premier et
soudure du second.

Bilan: ça marche! L'aiguille reste stable et au milieu !
(NDLR:
quand c'est bien réglé)
Ah oui, au fait: je n'ai vu aucune différence d'indication
mesurable entre l'essai statique et dynamique. Bref, on peut continuer
à synchroniser devant le garage. Maintenant c'est
prouvé au moins!