Lorsque j'ai remis ma K1 en état, je voulais
équiper son
sélecteur -tant que tout était
démonté- de
roulements à billes. J'avais déjà fait
cette
modification sur le sélecteur de ma R1100 RT (voir fiches
)
et le
résultat me satisfaisait, à moins que cela ne
soit le
sentiment d'avoir personnalisé ma RT ☺. Quelle ne fut pas ma
surprise de découvrir que le sélecteur
était
déjà monté sur roulement, à
savoir une
douille à aiguilles.
La douille à aiguilles 9 est
une 12 X 18 X 16
(dint X Dext X largeur). Cette douille ne représente qu'un seul
guidage ou palier. Or pour un guidage précis il semble
évident qu'il faille au moins deux paliers pour
définir
un axe de rotation. La solution retenue par BMW est la plus solide (et
meilleure marché) pour cet encombrement réduit.
Par
contre, même neuf ce montage présente un jeu
supérieur à celui résultant en
l'utilisation de
deux roulements à billes.
La sélection des vitesses est
bien meilleure
sur ma K1 que sur ma RT. Mais ces derniers temps, je suis un peu
déçu. Le passage est très bon
boîte froide
mais au fur et à mesure de la montée en
température la sélection du second et
troisième
rapport se dégrade. Bien sûr les boîtes
motos
BMW / Getrag ne sont pas réputées les meilleures du
point
de vue sélection, mais on peut suppposer que la
sélection
perd en qualité avec l'âge de la moto. Cette
déterioration peut avoir de nombreuses causes:
- garde du levier d'embrayage mal réglée: si le disque
d'embrayage n'est
pas
complètement libre, la sélection peut "accrocher"
- oxydation sur les cannelures de l'arbre de transmission (qui est sous
le
vilebrequin) et / ou sur celles du disque d'embrayage: mêmes
conséquences
que ci-dessus
Il reste encore d'après moi
le
sélecteur, qui se met un peu de travers parce que la tige
filetée 13 n'est pas perpendiculaire aux axes de rotation du
sélecteur et du tambour. Une fois arcbouté, le
levier
refuse de bouger facilement. Du coup l'effort du pied sert davantage
à lutter contre la résistance du levier
plutôt
qu'en faveur de la sélection. Théorie
à deux
balles me direz-vous. Et sans doute aurez-vous raison.
Le but de cette page est de montrer le
remplacement
de la douille à aiguilles par deux petits roulements
à
billes à contact radiaux et à une seule
rangée de
billes. Contrairement à la modification de la fiche 30500,
, très bon marché et sans recours
à
aucune machine outils ou pièce sur mesure. Du coup,
n'espérez pas la moindre justification pour le choix de la
méthode: il n'y en a pas.
Comme pour la modification de la RT, on
va utiliser
deux roulements du type 6701.2RS dits étanches. Les
dimensions
sont 12 X 18 X 4 (dint X Dext X largeur). Les miens proviennent de chez
.
Cette boutique pratique la VPC (compter 6.30 EUR) et des tarifs
très raisonnables pour les faibles quantités. Ces
roulements étaient en stock et coûtaient 10 EUR HT
la
pièce.
Ceux qui veulent limiter au maximum les
dépenses peuvent se rabattre sur le type ZZ
(c-à-d
6701.ZZ). Il comporte deux
flasques métalliques (moins performants que les joints
contre
l'humidité ou la pluie) à section en "Z" de part
et
d'autre
pour empêcher la pénétration des
poussières.
Ce roulement est couramment utiliser en modélisme de
voitures
radio-commandées. On peut le trouver chez
(ces magasins
existent aussi en France, en VPC, mais je n'ai pas trouvé ce
roulement sur le site français) pour 3.95 EUR
pièce
(TVA teutonne de
16% au moment de la rédaction)
sous la référence 296023-62.
- une charge dynamique de base C de 84 daN (rappel: pour 1 million de
tours
avec 10% de défaillance avant cette limite)
- un jeu interne -dit "rotulage"- normal (il existe aussi des variantes
à jeu réduit ou élargi pour des applications
spécifiques)

Faire sauter le clip ou l'épingle. Pièce 14 du
premier
schéma. Qu'est-ce que ça ramasse comme
saleté
cet endroit! Je crois que j'ai bien fait de prendre des roulements
étanches.

Lui faire faire une portion de tour jusqu'à ce qu'il soit en
butée.

Le retirer enfin. Puis déboîter la rotule.

Valà...

On dévisse l'axe (clé Allen de 6 mm).

Tiens c'est pas foutu pareil que sur le schéma en haut de
cette
page: la rondelle élastique 4 est située
de l'autre côté du roulement et la
pièce 15 (du
schéma) n'est pas présente. Noter la
présence de la
pâte céramique 1 que j'avais mise sur le filet
à la
remise en état et la rondelle élastique 2. La
collerette
5 en mousse contre la poussière dans la rotule qui fut
remplacée elle aussi, est quasi neuve.

On dépose le circlip.

La rondelle élastique a bien entamé le
sélecteur.
Le "saut" est palpable à l'ongle.

Roulement à aiguilles INA HK 1216.2RS made in Germany. 2
lèvres pour l'étanchéité.

Les aiguilles en acier 100C6 extra dur (>58 HRc) du roulement
ont
laminé le chemin de roulement
sur l'axe, sans doute en acier ordinaire. Ce type de construction est
interdit par les règles de bases
de la construction mécanique. M'enfin bon (y'a
qu'à voir
les pédales de vélo...)

Ces deux marques (flèches) illustrent mon propos concernant
un
effort qui n'est pas perpendiculaire
à l'axe de rotation du sélecteur. C'est la
composante
axiale de cet effort qui fait s'arcbouter le sélecteur.
Or les douilles à aiguilles ne peuvent encaisser ce genre
d'effort, alors que les roulements classiques
à une rangée de billes le peuvent dans une
certaine
mesure.

L'axe a un diamètre allant de 11.99 à 12.00 mm et
pourtant
les roulements sont immontables. Pourquoi?
A cause de l'oxydation et d'un peu de métal
refoulé par
les aiguilles de la douille. Avec un peu de papier
à poncer (ici grain de 500), on "blanchit"
légèrement la surface portante. 2-3 tours
suffisent.
N'aller pas
m'enlever trop de matière! Le but est d'avoir un jeu aussi
faible que possible. La portion à gauche de la
rainure du circlip n'est pas importante.

Et voilà. Le roulement se laisse monter facilement
à la
main. Passons au sélecteur.

Pour sortir la vieille douille à aiguilles, il faut se
trouver
un cylindre ayant un peu
moins de 18 mm de
diamètre extérieur. Ici une douille Proxxon de 12
mm de
mon coffret 3/8".

Le sélecteur est pris en sandwich entre deux douilles
Proxxon
3/8". Celle de droite est une 22 mm.
N'importe quels morceaux de tube de dimensions adéquates
feront
l'affaire. Je chauffe très légèrement
pour faciliter l'extraction (ne pas oublier d'enlever la collerette en
mousse). Et hop quelques tours de manivelle...

L'étau en action. Très facile.

On découvre un joli alésage de 18 mm. En fait
17.9xx.
C'est grâce à cela qu'on va pouvoir monter
les bagues extérieures des nouveaux roulements sans qu'il
n'y
ait besoin de rien pour les retenir (pas
réglementaire point de vue construction mécanique
mais
j'avais prévenu). Le montage est dit serré sur
l'alésage.

Pendant que le sélecteur est encore chaud, on
présente le
premier roulement sur le chanfrein d'entrée
de l'alésage du sélecteur. Le tout est
posé sur
une surface plane (ici la partie enclume de mon étau) et
avec de petits coups de marteau, on fait pénétrer le
roulement
dans l'alésage. On peut placer une pièce
intermédiaire entre le marteau et le sélecteur (la
douille
de 22 mm de ci-dessus par exemple). Idem de
l'autre côté.

On enfile l'axe et on monte le circlip. Attention, en toute rigueur les
circlips ont un sens de montage.
Découpé dans une tôle, leur section
présente
un angle arrondi (entrée de l'outil de découpe) et un
angle
vif
(côté sortie). L'angle vif doit être du
côté
opposé
à la pièce maintenue (voir bouquins). Enfin tout
cela n'est pas bien grave mais il s'agit d'obtenir la
tranquillité
d'esprit,
cette sérénité
dégagée par un
sentiment de plénitude lorsque que le travail est bien fait
jusqu'au bout
(chautauqua, Pirsig, etc).

A présent on mesure le jeu entre tête de vis / d'axe
et
sélecteur. Ici environ 1.1 mm. On redémonte l'axe.

Reste plus qu'à trouver une petite rondelle / cale de cette
épaisseur approximative. J'ai de la chance!
J'ai trouvé dans mes nombreux tiroirs un joint en cuivre de
diamètre intérieur 12 mm et qui a exactement
la bonne épaisseur. Si vous trouvez une rondelle un peu trop
fine, ce
n'est pas bien grave. Si elle est
trop épaisse poncer la sur une feuille abrasive placée
sur une face plane
(vitre, miroir...).
Attention
la rondelle ne doit pas toucher la bague extérieure des
roulements (sinon ça frotte, ça s'use et c'est
pas cool). Bref le diamètre extérieur de la rondelle (ici
peut-être 14.5 mm) doit être inférieur au
diamètre
intérieure de la bague extérieure (ici peut-être 16
mm): c'est clair? M'ouais pas sûr...

On nettoie et on dégraisse bien l'axe (ici au nettoyant pour
frein).

Appelez moi maniaque mais je préfère
protéger de
l'oxydation les parties précédemment
poncées.
Il me reste encore du vernis transparent d'un stylo de retouche de
peinture. Ça fera très bien l'affaire.
[
et comme le cirque
Hipparque / du parc n'a pas besoin de deux clowns,
les Dupondt ne peuvent faire l'affaire]

Les bagues intérieures des roulements sont
montées avec
jeu sur l'arbre. Ça c'est pour la théorie.
Comme je veux réduire les jeux au maximum, je
décide de
coller les bagues intérieures au
Loctite
648.
"
Oh non il avait dit qu'on pourrait
refaire sa bricole sans trucs
spéciaux! Le menteur...". Pas
de panique, vous pouvez prendre une colle cyanocrylate (vous savez
celle qui colle
les pieds du monsieur
au plafond). Cela marchera aussi bien.

On étale la colle sur tout le pourtour. Pas trop, hein!

Et on remonte rapidement le tout en essuyant les excès.

Une dernière couche de vernis contre la corrosion sur la
partie
poncée restante de l'axe.

A présent (pour les pinailleurs), un peu de pâte
céramique sur les filets de l'axe (céramique parce
que la vis prend dans l'aluminium de la boîte). Un peu de
graisse
ira très bien aussi. Selon BMW,
c'est du
Loctite 243
qu'il faut ici (pièce de sécurité
à
freiner). Mais moi cela ne m'emballe pas.

Là c'est vraiment pour les malades. Comme les rotules
travaillent durs et que l'une d'elles (celle que
je n'ai pas changée lors de la
remise en
état) a
une surface un peu moins lisse, je la badigeonne de
bisulfure de molybdène en poudre ultrafine. Cette poudre
s'accroche très bien dans les
micro aspérités
de la surface et me fera un bon lubrifiant de secours en cas de
frottement sec.

On lubrifie bien les rotules de la tringlerie
(déposée
pour les besoins de la photo). Et comme je suis
dans mon trip MoS
2,
ben ce sera encore de la graisse de ce
type.

C'est le moment de remonter l'axe avec le sélecteur
(clé
Allen de 6 mm). N'oubliez pas la rondelle
élastique M8 (flèche).

On serre à
17 Nm selon
BMW (+
Loctite 243
pour les OEM
hard liner). Je
me suis
limité à 15 Nm
à cause du lubrifiant
sur le filet.

Il faut encore emboîter la rotule.

Remettre l'épingle de sécurité.

Sur une idée originale de mon frère, pourquoi ne
pas se
découper une rondelle de feutrine ou similaire
qu'on place dans l'espace entre sélecteur et tête
de la
vis pour éviter l'accumulation de poussière. Au
fait pourquoi ai-je laissé du jeu à cet endroit? Pourquoi
ne
pas
mettre la rondelle sous le circlip (ou
reprendre la rondelle élastique d'origine)? Parce que si le
sélecteur a un tant soit peu de jeu, je ne veux
pas qu'il
frotte contre la tête de la vis ou contre la grande rondelle
élastique. Remarquez que même si
le sélecteur se
déplaçait accidentellement (les bagues extérieures
des roulements n'étant plus serrées
pour une raison quelconque), il est bloqué à gauche par
la
tête de la vis et à droite par la platine repose-
pied.

Spéciale dédicace et variante pour les furieux de
la
pompe à graisse: enlever les joints intérieurs des
roulements et placer un graisseur au centre du sélecteur. Je
ne
l'ai pas fait car ainsi je suis capable de
faire marche arrière et de remettre la moto dans un
état
strictement d'origine, hé hé.